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Développer un réseau de formateurs relais constat

Septembre 2011

Yan Giron (commission développement gouren 35), Arnaud Glorion (Skol Gouren Orvault), avec l’aide de Bertrand Le Hellaye et d’Adrien Queinnec (permanents fédéraux)

Cet article part d’un constat de la situation en Ille et Vilaine, mais aussi en Loire Atlantique et peut-être d’autres zones. Il n’a pas la prétention de dire à tous ce que l’on doit faire, mais de vous donner des pistes de réflexion. Et de pouvoir éventuellement adapter ces pistes chez vous, si votre situation le nécessite ou le permet.

Le bénévolat a évolué

La vie professionnelle et les disponibilités des bénévoles ont beaucoup évolué depuis les dernières années. Il est de plus en plus difficile de trouver des bénévoles disponibles pour assurer à la fois l’enseignement du gouren au quotidien et la vie associative. Les bénévoles ont des déplacements professionnels en semaine, et veulent aussi profiter de temps en temps de leurs week-ends. Une fois entrés dans la vie professionnelle, avec des enfants, ils ont de moins en moins de temps à consacrer pour se former à Berrien au monitorat, à l’initiateur ou à l’arbitrage. Et nos offres d’emploi en Gouren ont du mal à intéresser en ce moment des jeunes issus de nos skolioù.

Des besoins pour développer et sécuriser l’existant

Nous sommes donc de plus en plus dépendants de salariés pour tenir l’enseignement au quotidien dans nos skolioù.

Sur les zones où nous ne pouvons pas garantir suffisamment de temps d’enseignement en skolioù pour pouvoir asseoir un équivalent temps plein, il faut pouvoir faire appel à de nouveaux partenaires. Ceux-ci peuvent avoir une activité dont la rentabilité ne dépend pas que du gouren. Ces cas sont ceux des lieux de gouren trop éloignés les uns des autres par exemple, ou des zones trop distantes de l’ancrage géographique du permanent mais pour lesquelles il y a une demande de développement. Pour l’Ille et Vilaine, on a ainsi les zones de Vitré, de Fougères, de Saint Malo et de Redon. Alors même qu’un potentiel de 40 skolioù existe sur l’Ille et Vilaine. Et ces zones sont aussi proches d’autres zones de la Loire Atlantique avec qui de nombreuses synergies sont possibles.

La recherche d’aides publiques pour développer à partir de rien le gouren est de plus en plus risquée. Et développer le gouren dans ces zones avec nos permanents actuels a un coût en disponibilités et en frais de déplacement que nous ne pouvons couvrir que difficilement.

Par ailleurs, ne serait-ce que pour assurer une meilleure couverture financière pour nos permanents actuels, il est essentiel de développer la pratique du gouren : plus de licenciés, et notamment plus d’enfants, plus de babigouren, et plus de skolioù proches les uns des autres. Et ce pour moins de frais de déplacement et pour créer des synergies entre les skolioù et les zones.

Schéma d’organisation

Un schéma d’organisation, complémentaire de l’existant, pourrait alors être le suivant : un réseau relais de formateurs polyvalents, coordonnés par un permanent 100% gouren. Ces formateurs relais seraient rémunérés pour quelques heures par des activités de Gouren, et auraient une autre activité en complément (étude, animation communale, autre sport, etc.)

Faire évoluer le rôle des bénévoles en soutien à ce réseau de formateurs relais.

L’intervention de formateurs relais rémunérés est pertinente là où bénévoles et permanents ne sont pas assez présents (pour des raisons de temps, de distances, de motivation, etc.) Le rôle du bénévole est alors, s’il le peut, (1) d’aider le permanent dans l’enseignement au groupe (aide sur certains exercices, aide à la tenue du groupe, relationnel continu avec les parents) et surtout (2) d’asseoir la pratique sur sa commune. Ce qui veut dire concrètement : publicité et relationnel pour faire venir d’autres lutteurs, relationnel avec la commune pour préparer des évènements locaux, assurer les disponibilités de salle, négocier des interventions en écoles, développer le relationnel avec des communes proches, développer le relationnel avec des associations amies (cercles celtiques, handisport, etc.), intégration dans la vie associative et culturelle de la commune.

Permettre aussi une évolution de carrière pour nos permanents actuels

Nous avons aujourd’hui un réseau de permanents formés et efficaces, il faut les conserver et leur offrir une évolution dans nos structures. Pour ceux qui sont actuellement dédiés à 100 % à l’enseignement du gouren, une des pistes serait de (1) conserver une part d’enseignement, (2) les ouvrir sur des activités de développement du gouren, (3) leur permettre d’intervenir de façon plus importante en écoles et (4) animer un réseau de formateurs relais pluridisciplinaires (formateurs sportifs, animateurs communaux, etc.).

Pouvoir offrir des évolutions de carrière, et les financer, est aujourd’hui aussi un enjeu pour le monde du gouren, pour ne pas perdre ce savoir-faire et ces compétences. Et pour une structure où nous avons environ 1500 licenciés, soit nous assurons cela sur la base de subventions publiques dont l’avenir et les montants sont aléatoires, soit nous augmentons significativement nos effectifs licenciés pour mieux couvrir financièrement nos postes de permanents, via notamment le gouren « enfants » - c’est-à-dire du développement. Cela nécessite de soutenir ce développement par des actions de communication et par la création de ressources humaines salariées à temps partiel pour nous démultiplier sur le terrain.

Une évolution attendue des exigences réglementaires pour pouvoir enseigner et être rémunéré par le Gouren

Jusqu’à ce jour et depuis 1984, la seule possibilité pour enseigner une discipline sportive contre rémunération était de posséder un Brevet d’État d’Éducateur Sportif. Les diplômes d’encadrement sont en ce moment en pleine mutation. Ils s’adaptent ainsi aux exigences de terrain. Les Brevets d’État spécialisant dans une seule discipline, sont petit à petit remplacés (en 2013, les Brevets d’Etat (BEES 1et 2) n’existeront plus) par un brevet pluridisciplinaire comprenant également une dimension animation socio-culturelle. Ceux-ci répondent à une réalité pour de nombreux éducateurs sportifs, celle de trouver assez d’heures de travail. Il est vrai que l’offre de temps plein dans le sport et surtout dans une seule discipline est devenue rare. La modularité des nouveaux diplômes est la réponse concrète répondant à l’évolution de l’emploi dans le sport.

La réforme des diplômes marque également la création de CQP (Certificat de Qualification Professionnelle). Ils permettent aux bénévoles diplômés fédéraux de pouvoir être rémunérés quelques heures pour leur travail en club. Important : ce CQP équivaut au niveau de qualification des diplômes fédéraux. Cette nouveauté valorise la formation des bénévoles.

Pour le Gouren, c’est un travail qui s’amorce car ces CQP seront gérés par les fédérations sportives. Un cahier des charges sera donc nécessaire pour répondre aux exigences réglementaires de l’Etat.

Faire entrer de nouveaux partenaires dans l’enseignement du gouren

Où trouver les ressources humaines qui pourront soutenir notre développement et sécuriser et pérenniser l’existant ?

La première piste à laquelle nous pensons sur Rennes est la suivante : capter des étudiants des métiers du sport et leur assurer une formation. Sur Rennes, nous avons la chance de disposer de formations universitaires dans les métiers du sport. Nous allons essayer de capter 5 étudiants, les inviter à prendre une licence et les former pendant 1 an. A la fin de l’année, si l’assiduité et l’acquisition des compétences ont été au rendez-vous, nous proposerons à chacun le passage du diplôme d’initiateur. L’évaluation porterait sur une partie acquise pendant l’année et sur la partie examen classique d’initiateur. De plus, durant leurs études, ces jeunes après 1 an de formation gouren, pourraient déjà intervenir dans les skolioù de proximité en job d’étudiant. Si cette action est reproduite chaque année, et sur toutes les villes où on retrouve une formation universitaire, nous pourrions ainsi créer un réseau de futurs professionnels.

Notre deuxième porte sur des salariés du sport non issus du Gouren : animateurs sportifs communaux, salariés de dojo multi-sports de combats, etc. Ces salariés ont déjà des diplômes leur permettant d’enseigner. On leur propose de la même manière de se licencier en contre-partie d’une formation professionnelle continue, et ils passent un examen de fin d’année. Dans ce cas, on leur offre aussi la possibilité de faire des stages chez nous, par exemple en participant à l’enseignement de temps en temps sur certains créneaux de skolioù.

Conclusion

Pour rendre cela possible, il est nécessaire : (1) éventuellement d’adapter une formation initiateur à ce public, (2) de prévoir des capacités de formation décentralisée de Berrien pour permettre à des personnes déjà dans la vie active de se former sans que cela soit une contrainte pour leur vie familiale et (3) de mobiliser les skolioù proches des centres de formation universitaires pour qu’ils prennent contact avec eux et communiquent sur la démarche. Dans l’Ille et Vilaine, Adrien a déjà commencé l’année dernière à acquérir une expérience du pilotage d’une équipe et de la professionnalisation d’un permanent gouren. Nous avons donc tous les éléments pour créer ce réseau de formateurs salariés mi temps, relais de nos permanents.

Au niveau des permanents, la priorité perçue serait de définir une pédagogie gouren adaptée à ces publics (sorte de kit de formation estampillé Fédération de Gouren).

Encourager le développement passe aussi, entre autres choses, par la création de ce réseau de formateurs relais sur lequel nous pourrons nous appuyer pour lancer le développement l’année prochaine ou dans deux ans, et l’étendre.