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Pierre Helias - lutte bretonne dans le Cheval d'orgueil

Pierre Jakez Hélias, dans le Cheval d'orgueil, Terre Humaine Poche, ed 1975, :

La scène se passe en Pays Bigouden, Pouldreuzic.

évocation des luttes p 488

On prédit aussi, et ce sera pour bientôt, la fin des luttes à la mode de Bretagne. J'ai le temps de les voir deux fois. C'est dans la grande pièce de terre appelée Park an Ed, derrière les énormes tas de paille qui occupent le fond de la place et dont commencent à se moquer les gens des communes avoisinnantes, disant que notre bourg est construit autour de trois paillers et nos rues pavées de bouses. Mauvaises langues ! La lutte bretonne a encore des amateurs dans le pays, particulièrement dans la corporation des meuniers. Nous-mêmes, les enfants, nous nous exerçons au coup d'orteil et au corne-cul en essayant de ne pas marquer nos épaules de vert en tombant sur le pré. Mais les lutteurs qui s'affrontent à Pouldreuzic viennent d'ailleurs. Et ils viennent de moins en moins se produire sans grande conviction devant de trop maigres spectateurs. Bientôt, un jeu nouveau, appelé football, va les envoyer rejoindre les calendes en attendant la renaissance. Cependant, quelques jeunes domestiques s'entraînent encore à la vieille mode, en faisant sauter d'un coup d'orteil la barrière d'un champ.

Ainsi, la crainte de la honte l'emporte-t-elle sur le désir d'honneur et un certain respect humain sur l'audace sans calcul quand il s'agit d'affronter seul des épreuves devant la masse des regardants. Mais lorsque le sens de la communauté est un jeu, chacun se sent solidaire des autres et ne manque pas de se faire valoir au milieu d'eux dès l'instant que tous sont acteurs.

la Roched de chanvre p 14

C'était en 1913. Déjà le chanvre était entré en désuétude [comme toile de vêtement]. Seuls, les vieilaards restèrent fidèles au chanvre jusqu'à la fin, avec les farauds de village et les hommes forts qui se mesuraient encore à la lutte bretonne. La chemise de chanvre était la partie essentielle de leur équipement sportif. On pouvait s'y accrocher à pleines mains sans risque de la déchirer comme on aurait fait d'un quelconque tissu bourgeois.