1716, Dom Le Pelletier

Ce texte est tiré du dictionnaire de langue bretonne, par Dom Louis Le Pelletier, Religieux, Bénédictin de la Congrégation de Saint Maur. Il s'agit d'un manuscrit de 1716 conservé à la Bibliothèque Municipale de Rennes sous la référence ms 1007 fos 595 - 596.
Dom Le Pelletier est né au Mans en 1663 et est mort à Landevennec en 1733.

Il s'agit ici de la définition du mot gouren.

La retranscription :

"Gouren, ou Gourren, Lutte, combat de seul à seul sans armes et sans se frapper. Gourenna, lutter. En Léon et Cornouaille, il signifie aussi agiter un tamis pour passer de la farine. Mon vieux Casuiste met Gouren pour dire élever. Gourenner, lutteur, athlète. Davies écrit Gwrthryn, Resistere, repugnare. item resistentia, repugnatio, [texte grec], controversia. Je n'ai pas de peine à croire que c'est ici un même mot en deux dialectes, et véritablement nos Bretons peuvent écrire Gourren qui vaut Gwrthryn, taisant le son Z ou sh et le perd en pareille rencontre. On voit que ce mot en deux dialectes est emploié pour verbe et pour nom : et nos Bretons disent en provoquant quelqu'un à la lutte deut d'a gouren, venez lutter ou à la lutte. ce mot est composé de Gwrth, nunc in ferma constructa usitatur, wrth, per, vide. In compositione significat contra, retro, re, etc... et de Ryn, mons, collis, selon lui, en la même dialecte l'Angl. C'est-à-dire que ce composé veut dire contre montagne, qui vaut autant  qu'attaque, assault, resistance, etc. Ou bien de Ren qui en notre Breton signifie  mener, conduire ; et alors, il signifierait mener contre, ou (?) mener. J'ai cependant quelque difficulté au sujet de la signification générale d'agiter, et de celle d'élever. Mais on peut dire que gouren, ou gwrthryn signifie proprement agiter et élever, ce qui se fait dans les luttes de nos Bretons qui ne comptent point avoir vaincu leur adversaire, s'ils ne l'ont élevé en l'air et fait toucher sur le dos, en sorte que les deux épaules touchent à terre. Et quand on agite un tamis plein de farine, on le tient élevé afin que la farine tombe. Ceux qui veulent tirer gouren de (?) le dériveraient e (?) Keren, corne, pour la raison que les taureaux, les béliers, etc. luttent avec leurs cornes.