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Histoire des luttes traditionelles européennes et celtiques

Cet article contient les paragraphes suivants, présentant des éléments sur les origines et l'histoire des luttes celtiques. Il est issu du site de la FILC :

Les luttes traditionnelles

Partout dans le monde nous retrouvons des luttes traditionnelles : Asie, Afrique, Amazonie, Amérique centrale, Inde, bassin Méditerranéen, mer Noire, Europe. De tout temps, la lutte a été le moyen de mesurer sa force et son habileté dans un esprit de fraternité. Au-delà de la rencontre des forces, les luttes traditionnelles ont souvent été associées à des rituels et pouvaient servir de support à nos mythes de sociétés, religieux ou non. Elles étaient associées la plupart du temps à des évènements culturels qui assuraient les fondements de la société ou du peuple qui les pratiquait : fêtes religieuses, fêtes rurales, fêtes liées à un évènement naturel particulier...

Les luttes traditionnelles sont donc un vecteur du patrimoine vivant des sociétés, et en font pleinement partie. L'histoire de leur transmission et de leur évolution montre d'ailleurs que les luttes évoluent au contact d'autres luttes, notamment lors des fréquentes migrations des peuples qui les portent. Le monde et les échanges humains sont ouverts depuis très longtemps sans parler pour autant de mondialisation (au sens de l'uniformalisation culturelle mondiale). Les exemples d' échanges anciens ne manquent pas :

  • Les grandes migrations indo-européennes ont permis l'établissement des peuples celtiques sur l'Europe de l'Ouest, ayant ainsi pris la place d'une civilisation mégalithique et d'autres populations résidentes dont il reste encore aujourd'hui quelques groupes humains (pictes, basques, etc). Ces migrations ont certainement diffusé un style de lutte traditionnel en Inde et en Asie.
  • L'empire romain et avant lui les empires grec, égyptien, mésopotamien, perse ont permis un brassage culturel intense, de l'Europe septentrionnale jusqu'aux rivages de l'Afrique, des différentes pointes rocheuses de l'Europe de l'ouest aux territoires asiatiques. Quand le territoire n'était tout simplement pas conquis, les échanges donnaient lieu à la création de colonies ou de comptoirs commerciaux. Ces peuples étaient de fervents pratiquant de lutte traditionnelle comme en attestent de nombreuses illustrations.
  • Les phéniciens procédaient au commerce de l'étain en sortant de la Méditerranée et en remontant les côtes de Gascogne jusqu'en Bretagne et même jusqu'aux Pays nordiques. Ils ont donc mis en connexion très tôt les civilisations celtiques et les civilisations méditerranéennes.
  • Les vikings ont établi de nombreux comptoirs, colonies et bases de pillage, que ce soit sur les rivages de l'Amérique du nord, sur les côtes irlandaises, galloises, cornouaillaises, françaises, bretonnes, siciliennes, et voire de vrais empires terrestres permettant de relier la mer Baltique à la mer Noire.
  • Plus récemment, au 19ième siècle, les mineurs de Cornouaille britannique ont été recrutés sur les principaux bassins miniers du monde, notamment aux USA, et ont emmené avec eux leur mode de lutte. De même, des émigrés irlandais du 18ième et du 19ième siècle ont permis qu'un certain style de lutte irlandaise (Collar and Elbow) se maintienne encore quelques temps aux USA alors qu'elle avait déjà disparu d'Irlande.

Car nombreuses sont les luttes traditionnelles qui ont disparu ou sont en voie de disparition. Le 19ième et le 20ième siècle ont vu se développer plusieurs phénomènes qui, conjugués, ont accéléré le déclin de certaines luttes :

  • industrialisation, déclin des sociétés rurales, urbanisation, déplacements de populations vers les centres industriels et développement de nouveaux modèles de sociétés de consommation,
  • développement de sports "modernes" (cyclisme et football), pratiqués à une échelle mondiale importante,
  • développement de médias de masse, et de l'uniformisation culturelle,
  • et quelque part développement de l'Olympisme médiatique du XXième siècle, et des sports permettant d'y briller, voire d'y répercuter des compétitions politiques, et ce au détriment des sports traditionnels. En effet, les sports à possibilité de médailles internationales drainent toutes les forces vives de l'appui au développement des sports.

Histoire des luttes européennes [haut]

En Europe, deux grands courants vont principalement déterminer la pratique de luttes traditionnelles. Ces deux courants sont eux-mêmes issus du courant indo-européen. Il s'agit :

  • du courant méditerranéen (greco-romain, sarde, turc, roumain, hébreu, africain du nord, etc.).
  • du courant celtique présenté ci-dessous.

Ces deux courants ont certainement interagit, même si à ce stade toute spéculation reste encore fortement hypothétique, n'ayant que peu de témoignages écrits de ces échanges. Néanmoins, les différents courants migratoires et, plus récemment, l'ampleur territoriale de l'empire romain et sa pratique intense de la lutte laisseraient penser à des échanges importants.

Histoire des luttes celtiques [haut]

L'histoire ancienne des luttes celtiques est forcément mal connue, dans la mesure où peu de témoignages écrits pour l'ensemble de ces luttes nous reste. Voici les points qui sont attestés et qui peuvent laisser croire à une certaine filiation des différents courants et types de luttes celtiques. Ce qui n'empêche pas des mélanges entre les luttes celtiques et des luttes pré-existantes héritées de la colonisation romaine de ces territoires.

La source la plus ancienne des témoignages : l'Irlande

Les traces les plus anciennes de luttes celtiques sont rapportées en Irlande, ce qui ne veut pas dire pour autant que les luttes n'existaient pas par ailleurs. En 557 après JC, les Tailtean Games rapportent une pratique intense de lutte. Plus tard, au 8ième et 9ième siècle, de nombreuses représentations de lutte figurent encore.

Premier élément de brassage : les migrations irlandaises et les raids irlandais

Les peuples irlandais ont été un fort vecteur de brassage culturel entre le 4ième et le 9ième siècle après JC. les Scots sont irlandais et entreprennent la colonisation du Nord Ouest de l'Île d'Angleterre vers le 5ième siècle, le Strathclyde, issu lui-même de la chute de l'empire romain. C'est de cette migration / invasion que l'on pourrait peut-être dater la naissance du style de lutte dit du Back-Hold (en Ecosse) ou de son style identique du Cumberland et du Westmoreland (dans le Nord de l'Angleterre - Lake District). En Ecosse, la tradition veut que ce soit les ancêtres irlandais qui y ont introduit la lutte...

Les irlandais ont également établi des colonies dans le Pays de Galle et en Cornouaille britannique et dans le Devon, là aussi vers le 5ième siècle après JC. Faut-il y voir là aussi une filiation entre les luttes celtiques ? Difficile à dire, les styles étant relativement différents. Mais si les échanges n'ont pas forcément eut lieu en terme de brassage de techniques, il est un fait que l'engouement pour la lutte des irlandais a pu jouer un rôle dans le maintien de la lutte dans ces zones.

Enfin, les Irlandais christianisés mènent des rais sur l'Armorique encore païenne.

Deuxième élément de brassage : les raids nordiques

Les vikings ont établis sur les îles celtiques d'Irlande et de Grande Bretagne de nombreuses colonies, notamment sur les bords du canal Saint Georges. Les textes vikings (sagas) expliquent l'introduction de la lutte chez les vikings par la capture d'esclaves celtes sur les côtes d'Irlande, au 10ième siècle. Plusieurs styles de luttes vont longtemps perdurer dans les territoires islandais (Islande, Suède, etc.), comme l'Axlatök, L'Hryggspenna, le Buxnatök, mais celui qui perdure jusqu'à aujourd'hui est la Glima (Lausatök).

Troisième élément de brassage : les flux migratoires celtiques de la Cornouaille britannique, du Devon et du Pays de Galles.

Du 5ième au 8ième siècle environ, les celtes habitant la Cornouaille britannique, le Devon et la partie Sud du Pays de Galles vont immigrer massivement. Les raisons invoquées pour cette migration seraient la pression des invasions angles et saxonnes, mais d'autres éléments peuvent également avoir contribué à ces mouvements migratoires : pression des pirates irlandais, pression démographique, etc.

La destination de ces migrations est double : l'Armorique, actuelle Bretagne, et le Nord de l'Espagne (Galicia, Leon, Cantabria). Ces zones étaient bien connues des îles britanniques avec lesquelles elles établissaient de nombreux contacts commerciaux : commerce de l'étain et métallurgie, commerce du vin et commerce du poisson salé/séché.

S'agit-il du brassage entre les luttes cornouaillaise ou du Devon et les luttes locales que sont nés le Gouren (en Bretagne), la loita galega (Galice), la Lucha leonesa (Leon espagnol), la Lucha Baltu (Cantabrie et Asturies) et l'Alucha (Cantabrie) ? Est-ce une filiation directe ?

Plus tard, les zones du Devon et de la Cornouaille britannique seront elles-mêmes recolonisées par des seigneurs bretons qui composeront le tiers des troupes de Guillaume Le Conquérant et qui en seront récompensés par l'attribution de domaines dans ces régions. Est-ce que les luttes de ces zones sont issues au contraire de l'imposition du nouveau style du Gouren par les seigneurs bretons ? La pauvreté des témoignages reste la principale faiblesse d'une reconstitution historique. Une chose est certaine, c'est que pendant de longs siècles, Cornouaille britanique et Bretagne armoricaine se considèreront comme un ensemble géographique unique relié par la mer.

Aujourd'hui, la grande similarité de style de lutte entre le Gouren et la lutte cornouaillaise atteste d'une fraternité intense de ces luttes et de ces peuples.

La lutte écossaise est attestée depuis le 9ième siècle

C'est en 1054 que l'on retrouve la première trace de lutte écossaise, back-hold, avec Malcom Canmore.

La lutte bretonne (Gouren) est attestée depuis le 14ième siècle

Les premières mentions de la lutte apparaissent en Bretagne armoricaine en 1337, ou un futur seigneur de guerre célèbre, Bertrand de Du Guesclin, aime à pratiquer la lutte sur Rennes. Les luttes sont ensuite rapportées en 1549 autour du pays de Rennes. La lutte est très appréciée de la noblesse bretonne qui encourage sa pratique comme divertissement et comme entraînement à la guerre. Cette lutte est pratiquée aussi bien par la noblesse que par le reste du peuple. les témoignages et illustrations se multiplient à partir du 16ième siècle. La lutte bretonne connaîtra alors une apogée vers le 17ième siècle, avant de connaître un probable déclin au 18ième siècle, du fait de pressions religieuses (contre-réforme). La zone de repli sera la Cornouaille bretonne qui marquera profondément les rituels et les tenues de lutte utilisées encore aujourd'hui. La fin du 19ième et le 20ième siècle seront des périodes de renaissance de la lutte bretonne (cf. histoire moderne des luttes celtiques).

La lutte cornouaillaise (Omdowl kernewek) est attestée depuis le 12ième siècle

Lors des invasions nordiques et normandes, les seigneurs saxons imposaient la lutte comme préparation au combat, au 11ième siècle.

En 1415, la bannière des soldats cornouaillais à Azincourt représentait deux lutteurs.

Lors de la rencontre du camp du Drap d'Or, en 1520, entre les rois français (François Premier) et anglais (Charles VIII), les lutteurs de Cornouaille vont défendre les couleurs de l'Angleterre et gagner. Par contre, les rois se mesureront eux-mêmes, également en style de lutte celtique, et François premier gagnera.

L'Aluche Cantabro est attestée au Moyen-Âge

Les témoignages de lutte en Cantabrie espagnole apparaissent en gravures sur des constructions romanes. Elles rendent compte d'une pratique régulière, notamment dans le milieu rural. L'Aluche Cantabro est souvent associé à un ensemble de 3 régions et luttes : Cantabrie, Asturies et Leon.

Maintien des luttes celtiques du Moyen-Âge jusqu'au 18ième siècle.

Les luttes celtiques étaient l'expression de la culture celtique, présente dans des petits états plus ou moins autonomes. Elles subiront les mêmes attaques que ces derniers, que ce soit sur le registre politique, religieux ou culturel.

En Angleterre, en Cornouaille britannique et en Ecosse, la réforme anglicane va s'attaquer aux pratiques festives de lutte. En Ecosse, le déclin de la pratique de la lutte s'amplifiera avec la défaite de Culloden et l'anglicisation forcée qui en découlera (1746).

En Bretagne, la francisation entamée fortement à partir de François premier se marquera tout d'abord par un engouement pour la lutte, notamment au niveau de la noblesse et du clergé. Mais la contre-réforme religieuse du 17ième et du 18ième va condamner rapidement en Bretagne tout élément culturel festif, que ce soit au niveau des danses qu'au niveau des luttes. Couramment pratiquée sur l'ensemble du territoire breton, la lutte va progressivement se replier vers la Cornouaille (Quimper), même si elle persiste probablement dans la société rurale.

Francisation et anglicisation auront également pour conséquences l'éloignement des différents territoires celtiques, auparavant connectés entre eux.

Du 19ième au 20ième siècle : prise de conscience et "renaissance"

Le 19ième siècle verra un regain d'intérêt pour les pratiques traditionnelles, notamment dans le courant artistique et littéraire du romantisme. En Bretagne, de nombreuses illustrations de lutte traditionnelle bretonne sont peintes à cette époque. Celles-ci nous montrent des luttes très populaires, associées à des évènements religieux ou agricoles majeurs. C'est aussi le renouveau celtique, que ce soit au Royaume Uni qu'en France. En France, en Espagne, au Royaume-Uni les premières photos de lutte commencent à apparaître : toutes nous présentent des scènes identiques de lutteurs sur l'herbe, entourés d'un cercle de spectateurs.

Début 20ième siècle, deux fédérations sportives celtiques vont voir le jour, à l'instigation de deux "pères" des luttes traditionnelles modernisées :

  • Tregonnig Hooper en Cornouaille britannique.
  • Charles Cotonnec en Bretagne, fortement inspiré par Tregonnig Hooper.

Ensembles, ils organiseront la première rencontre interceltique de luttes.

Les fédérations de lutte bretonne (FALSAB) et de lutte cornique (...) joueront un rôle fondamental pour la reconnaissance et la modernisation (sportivisation) de leurs luttes traditionnelles.

Jusque dans le milieu des années 1970, les rencontres entre le Gouren et la lutte cornique seront régulières.

Sources [haut]

:

Les luttes celtiques, notre culture ! Celtic wrestling our culture ! 1990, publication de la FILC - IFCW.